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Dr. Jaouad Mabrouki est médecin psychiatre, psychothérapeute et psychanalyste, diplômé de la faculté de médecine de Limoges (France).
Il a exercé en France, notamment en Vendée et à l’île de la Réunion, avant d’ouvrir son cabinet à Meknès.

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Point de vue – « À mon avis… » : le Marocain l’expert universel

« À mon avis… » : une culture de l’opinion au Maroc

J’observe de façon constante chez les Marocains, dans les cafés, dans les salons, sur les réseaux sociaux ou dans les taxis, une phrase qui revient comme un refrain inévitable : « À mon avis… ». Cette petite formule, en apparence anodine, semble avoir acquis chez le Marocain une valeur presque sacrée. Peu importe le sujet — médecine, politique, économie, sécurité, agriculture, justice, éducation ou même aéronautique et plomberie — le Marocain s’autorise à donner son avis avec une aisance déconcertante.

Ce phénomène n’est pas simplement une question de liberté d’expression, que personne ici ne remet en cause, mais plutôt une tendance à exprimer des opinions sans connaissance préalable ni expérience dans le domaine. Donner son avis sur des affaires juridiques ou médicales qu’on ne connaît pas, ou sur des stratégies politiques qu’on ne maîtrise pas, est devenu une habitude.

Mais pourquoi ce réflexe est-il si répandu ?

1. La culture orale

Dans notre culture, la parole est un moyen de reconnaissance. Dans une société où l’oralité occupe une place primordiale, celui qui parle est perçu comme plus intelligent, plus engagé. Celui qui se tait, au contraire, semble être ignorant et mis à l’écart. Il y a donc une forte pression sociale pour s’exprimer, même sans savoir de quoi on parle.

2. L’ignorance

Le manque d’accès à des connaissances approfondies dans de nombreux domaines crée un vide que les gens comblent par des opinions. Ainsi, le Marocain prend la parole dans tous les domaines, croyant que les experts eux aussi ne font que parler, ignorant que les spécialistes se basent sur leur savoir et leur expérience.

3. Le rôle des réseaux sociaux

Ces plateformes offrent à chacun une tribune sans le filtre d’une véritable expertise. La popularité d’un avis sur les réseaux sociaux n’a rien à voir avec la qualité ou la véracité de l’information. Un simple « like » ou un « partage » peut donner, à un avis sans fondement, l’apparence d’une vérité.

4. Une personnalité brisée

L’éducation et l’enseignement font beaucoup de torts au Marocain, notamment par la violence physique, le découragement et la dévalorisation. Le Marocain a un besoin accru d’affirmation personnelle dans un monde injuste. Donner son avis devient alors une manière de revendiquer une place dans une société souvent perçue comme opaque.

5. L’enseignement religieux quasi oral

Un autre facteur important est lié à la manière dont la religion est transmise, majoritairement par l’oral : prêches, vidéos sur Internet ou émissions radio. Peu de gens vont vérifier les textes originaux ou approfondir leur compréhension par eux-mêmes. Ainsi, le Marocain répète ce qu’il entend — déformé par sa propre compréhension — sans aucun esprit critique. Alors, chacun pense avoir une bonne compréhension de la religion, et se sent légitime pour donner son avis dans ce domaine. Cela renforce encore ce réflexe de « l’expert en tout ».

Conclusion

Donner son avis est une chose naturelle et même souhaitable. Mais l’idéal serait de l’associer à une véritable réflexion et à une recherche personnelle. Il est parfois plus sage de dire « je ne sais pas » plutôt que de donner un avis sans fondement. Dans un monde où la connaissance est un pouvoir, il est crucial de distinguer entre l’opinion et l’expertise.

Docteur Jaouad Mabrouki
Expert en psychanalyse

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